Orly est mort

Sur le bédé-blog de Trondheim, on apprend que son chat Orly est mort, écrasé par la porte du garage. Alors bon, je sais pas vraiment si c’est fiction ou réalité, mais ça fait quand même bizarre de voir rappliquer en ligne cette bonne vieille mort qu’on oublie le trois quart du temps. Mais j’ai pas de garage, alors je me fais pas de souci pour Tibert.

Tibert dans l’incertitude

Mon cousin va se faire opérer demain; un gros truc, ils vont lui ouvrir le cerveau, parce qu’il a eu une vraie merde il y a plusieurs années, une rupture d’anévrisme ou un truc du genre, la malformation d’une veine dans le cerveau qui éclate tout d’un coup, le genre de bombe à retardement avec laquelle tout le monde se trimbale et qui t’explose à la gueule si c’est pas de bol. Et là, c’était pas de bol pour lui.

Alors demain ils vont lui ouvrir un bout du crâne pour lui faire une opération assistée par un robot, le gros souci qui transforme nos utiles activités en futiles puérilités; pas vraiment le truc qui vous donne la pêche un lundi de Pâques, alors que Jésus est mort (ouais ouais, et ressucité tu parles) vendredi passé. À mon cousin, ils vont lui mettre des boulons à trois endroits, il m’a expliqué que c’était comme un GPS, ils font une triangulation en trois dimensions pour être plus précis pendant l’opération. Bla bla bla, tout ça c’est rien que de la technologie, est-ce que vous croyez que ça me rassurerait plus si vous me disiez que vous vous êtes très bien lavés les mains avant?

C’est marrant ça, on s’entoure de tout plein de progrès et de machines qui font bip-bip en aluminium, des trucs rutilants que les hôpitaux se targuent d’avoir parce que “c’est le seul électro-scanner-o-gramme d’Europe, et c’est nous qui l’avons” et on est pas rassuré pour autant. Gérer l’incertitude, voilà le vrai défi du sage.

Publié dans: on 9 avril , 2007 at 1:54 Commentaires (1)

Mozart, et du café soluble

Je viens d’un petit village. Actuellement j’habite à la grande ville, mais à l’origine, je viens d’un petit village. Un petit village de six cents habitants, ou presque. Une bonne centaines de vaches en plus.

Tibert en face d’une sacrée incohérence

Dans les petits villages, il y a les sociétés de village. La fanfare. La gym. Le choeur d’hommes. Le choeur mixte. Le tir. Encore une combine pour boire des verres, elles disent. Et puis chaque année, il y a la soirée annuelle. C’est l’occasion de faire tourner la caisse, et puis ça fait vivre le village, ça permet de se mettre au courant des derniers ragots. Que le syndic trompe sa femme;  qu’elle ne le sait pas encore; qu’il ne pense pas lui dire; qu’elle le saura quand même un jour ou l’autre.

On cause, quoi.

Dans les soirées de village, il y a la première partie. La fanfare met son uniforme et joue ses meilleurs morceaux. Le choeur d’hommes fait un repas et sert ses meilleurs morceaux. Les dames de la gym nous font voir leur derniers morceaux. C’est la première partie.

Ensuite, normal, la deuxième partie. On a invité une autre société, on a fait venir un clown, un prestidigitateur, un comique-pétomane ou une troupe d’improvisateurs. On rigole. On se détend, et on continue à causer. Du syndic et de sa femme.

Entre les deux parties, il y a l’entracte. C’est quelque chose, l’entracte. On annonce quinze minutes, ça dure trois quart d’heure. Tout gamin, c’était la première fois que je comprenais que les adultes pouvaient mentir.

Pendant l’entracte, les jeunes de la société vendent la tombola. Des billets à un franc, qu’on déchire, qu’on déroule, pour tomber soit sur un “merci-d’avoir-joué” sarcastique, soit sur un numéro magique, derrière lequel se cache un lot incroyable. Les lots de la tombola, c’est toute une histoire: les membres de la société sont allés chercher des denrées chez les gens. Des paquets de pâtes, des conserves, des friandises, des bouteilles d’huile. Des services à thé, des pelles à gâteau, des pattes à marmites. Mais aussi des cédés de musique classique, des kits de pâte à modeler, des livres sur la cuisine au micro-ondes. Des trucs que les gens ont chez eux, qu’ils avaient trop honte de donner pendant les fêtes.

Du coup, pour ré-équilibrer la valeur des lots, le caissier de la société a fait des paquets avec les différentes choses: la boîte de cacao est dans un plat à salade, la poupée-Donald est attachée au family pack de ravioli, et Mozart est scotché à du café soluble.

Toute les contradictions du monde dans une tombola.

Parce que c’est ça, l’univers: un paquet de trucs incongrus qui se retrouvent associés on ne sait pas comment. Un gros mélange de tendances qui tirent à tort et à travers. On aime les symphonies de Beethoven parce qu’elles sont dissonantes à un moment donné. On aime les personnages de Shakespeare parce qu’ils ont toujours une petite incohérence. On aime nos femmes parce qu’elles nous tapent (quand même) parfois sur les nerfs.

L’univers, c’est beau parce que c’est pas cohérent.

Publié dans: on 18 février , 2007 at 11:27 Commentaires (2)

Meilleur que moi

Lorsqu’on nous présente un idéal (Dieu / un génie artistique / la paix dans le monde), nous sommes souvent prompts à nous décourager. C’est trop dur, on dit. On va jamais pouvoir. Il reste trop de choses à faire. Et puis c’est les autres qui ont commencé, alors ils fouteront toujours tout par terre.

Une autre stratégie (celle des enfoirés d’idéalistes comme moi) consiste à se motiver: allons-y, mettons-nous au travail. Tendons vers cet idéal. Les autres vont bien finir par suivre.

Tibert, intéressé par une histoire d’en haut

Dans la vie, ça donne quelque chose comme une opposition pessimiste/optimiste, actif/passif, voyeur/acteur porno. En art, on trouve les couples critique/créateur, réactionnaire/créatif; en impro, on a le cabotin/le constructeur; en pédagogie, on a l’innéiste/le constructiviste, bon, okay, je pense que vous avez compris.

Pour moi, on peut y voir deux attitudes face à la vie: d’une part, ceux qui baissent les bras, qui sont fatalistes et qui pensent que la vie est un magma de douleurs et de souffrances, que l’ataraxie ne viendra jamais et que la coke, c’est pas mal. De l’autre côté, il y a ceux qui ont la foi: on peut toujours s’en sortir, on peut toujours changer les choses, il y a toujours quelque chose à faire.

Je me rappelle être sorti d’une salle de concert, un trompettiste avait donné un récital. Une technique grandiose, un talent inouï, le genre de truc qui vous fait des frissons que même si vous détestez la trompette, vous avez eu des frissons dans les organes génitaux. On sort, mon cousin et moi, et il me dit (il fait aussi de la trompette) :

“Woah, putain, un talent pareil, ça dégoûte.”

Moi, je lui répond:

“Non. Un talent pareil, ça fait envie de travailler.”

Dans la vie, on a toujours le choix: être découragé par ce qui est meilleur que nous; ou vouloir l’atteindre.

Le web 2.0 expliqué à ma maman

Si vous tenez à briller dans les salons mondains, vous aurez de grandes chances d’attirer à vous les regards de la blonde pulpeuse lascivement affalée sur le canapé en amenant dans la conversation la notion de “Web 2.0″.

Vous pouvez par exemple dire que “nous sommes en train de vivre une révolution web 2.0″ ou que “Google va devoir évoluer s’il veut survivre dans l’environnement Web 2.0″. Vous pouvez également émailler la conversation de quelques anglicismes à la mode comme YouTube, SecondLife ou MyCatVomitsEverywhere.

Mais tout ça ne nous aide pas encore à comprendre comment-quoi-c’est le Web 2.0.

Tibert se mord la patte arrière gauche pour la punir

Bon. Auparavant, on avait le web 1.0, ça paraît con à dire comme ça, mais l’essentiel de l’Internet, c’était des sites commerciaux, des pages personnelles et des films pornographiques à télécharger. Désormais, les films de boules sont restés, mais en plus, on a des services. Des services pour mettre en ligne ses textes (les blogs), ses vidéos, sa musique, sa maison aux enchères, son slip, son chien, sa belle-mère et son enclume. Désormais, l’Internet nous rend la vie facile (et, je le répète, les films de moeurs légères, eux, subsistent).

Avant, à moins d’être un mordu de l’informatique et de bricoler des transistors dans son garage, on ne pouvait pas changer grand chose à ce qui était sur le Ouèbe. Il fallait être ingénieur-informaticien, maîtriser les “codes”, avoir des “mots de passe” et savoir combien d’octets pouvait contenir une disquette. Désormais, on peut changer des articles encyclopédiques comme on change de chaussette (Wikipédia), on communique à tout le monde nos pages favorites (del.icio.us) et on peut blogguer à tout va en publiant des photos de son chat.

Auparavant, on avait de la peine à trouver l’information. Il y avait bien Altavista, Yahoo, Google, mais personne ne savait exactement comment chercher: tout le monde perdait un temps fou à visiter des sites inutiles, le café devenait froid, le chien n’avait plus sa promenade. Désormais, on commence à se faire à l’idée que les liens, les hyperliens, les permaliens sont autant utiles que les pages elles-mêmes. La connaissance n’est rien, sans le chemin de la connaissance. Le nouveau Ouèbe tend à vouloir organiser la matière. Le mouvement “connexioniste” est en marche dans tous les domaines: le frère du neveu de ma mère doit “réseauter” pour trouver du job dans sa banque, mes collègues enseigants forment des “groupes de travail”, tout le monde se met à la même table et c’est tant mieux, parce que plus on est de fous, plus on rit.

Maintenant, ce qui est très très bien avec l’évolution de la mise en réseau, c’est que les gens vont avoir un accès beaucoup plus rapide aux choses qui les intéressent. Les utilisateurs vont pouvoir mettre en lien leurs passions, leurs peines et leurs joies, pour que les autres utilisateurs qui ressentent les mêmes choses puissent les trouver et s’apitoyer sur leur sort. Super. Ce qui veut dire que la vie va devenir de plus en plus créative, parce que les idées vont commencer à circuler beaucoup plus vite.

On sait par exemple que le cerveau stocke les informations lexicales en créant des liaisons synaptiques (wouah, trop cool) entre les différents concepts que nous apprenons. Le ouèbe fonctionne sur le même principe, puisqu’il va mettre en relation, en communication, des gens qui ne se seraient pas forcément trouvés sans le réseau des réseaux. Naturellement, cette évolution va faire avancer l’humanité très rapidement vers la sagesse, et j’ai le plaisir de vous annoncer la paix dans le monde pour l’année 2017.

Publié dans: on 7 février , 2007 at 11:21 Commentaires (4)

Pensée en écalage

Ce week-end, j’étais tout absorbé dans mes soirées de fanfare. Sur deux soirs, on prépare des repas pour deux cents personnes, et j’ai participé à la préparation de cuisine. En compagnie de quelques autres fanfarons, j’écalais les oeufs (on peut dire peler les oeufs, mais c’est vachement moins frime; tandis que écaler, c’est le vrai mot: on peut dire écalage, écalons, ou alors que j’écalasse).

Mais je ne veux pas parler de linguistique, bordel.

Tibert, un autre de mes interlocuteurs que j’ennuie passablement

À côté de moi, il y avait un petit gugusse qui me disait qu’il avait une technique du tonnerre pour écaler les oeufs: il en cassait plusieurs, et il arrivait à distinguer ceux qui étaient “faciles” à écaler, et ceux qui l’étaient moins. Du coup, il n’écalait que les oeufs “faciles”, tandis que les écaleurs amateurs comme moi, on se tapait les oeufs dont la coquille s’accroche au blanc, si bien que vous pelez non solum la coquille sed etiam les couches de blanc qui viennent avec. Pour un oeuf de bonne taille, vous en arrivez à une couille jaune d’une taille insignifiante qui va faire franchement ridicule dans la salade. Bon.

Alors moi je lui dis, ouais mais hé, si tu écales seulement les oeufs qui vont bien, tu vas plus vite, d’accord-okay, mais tu vas quand même devoir écaler les oeufs qui sont difficiles à la fin. Et là, l’illumination: j’avais touché à la sagesse universelle. Les gens préfèrent les petits plaisirs immédiats aux grands labeurs, promesses de réconfort. Enthousiasmé, je lui dis, ouais, alors si tu écales d’abord les faciles, tu vas finir par les difficiles et tu vas rester sur un méchant souvenir; tu vois, mec, tu devrais commencer par les problèmes difficiles et tu aurais la satisfaction d’avoir des récompenses facile après.

Les autres m’ont dit de fermer ma gueule de philosophe au rabais, vu qu’on avait encore une bonne centaine d’oeufs à écaler et que j’avais intérêt à me grouiller.

Je m’en fous, j’aime bien ma théorie à la con.

Publié dans: on 4 février , 2007 at 10:32 Commentaires (1)

La paix dans le monde

Hier, j’ai écrit un billet sur l’absence de neige, et il a neigé toute la soirée.

Aujourd’hui, je vais donc parler de la paix dans le monde.

L’idée de faire la paix dans le monde remonte à plusieurs années. Le messie Jésus, en 34 après lui-même, fut crucifié pour avoir défendu cette idée devant un parterre de palestiniens enthousiastes. Mais les juifs, à cette époque, pratiquaient encore le déicide. Pendant le week-end de Pâques, plutôt que de faire une fête de famille où tout le monde bâfrerait des lapins en chocolat et décorerait des oeufs de poule, quelques peine-à-jouir mal intentionnés décidèrent d’emmener le messie sur le Mont Golgotha (lieu du crâne) pour lui faire découvrir leur technique de bricolage hardcore.

Les siècles passèrent, mais personne n’oublia le jeune barbu qui avait prêché l’amour du prochain.

Tibert s’en lèche les couilles

D’autres barbus commencèrent à prêcher l’amour et la paix dans le monde, mais c’était souvent pour s’attirer les faveurs des jolies filles, et leur message était par conséquent beaucoup moins convaincant. Pendant ce temps, on écrivait la vie du premier barbu, en prenant soin de transmettre l’essence de son message, avec des libertés d’adaptation contraire à la plus évidente déontologie en matière d’interprétation littéraire.

On inventait des miracles magiques là où il n’y avait de toute évidence que des tours de passe-passe rhétoriques. Le barbu avait sans doute été guérisseur spécialisé, mais de là à le considérer comme le précurseur des médecines alternatives, il n’y avait qu’un pas que les plus téméraires des fidèles se pressèrent de franchir. On tâcha de rendre l’histoire du messie un peu plus dramatique, avec quelques grands méchants (Hérode, Satan), quelques scènes d’action bien senties (Jésus chasse les marchands du temple) et tout de même un peu de sexe (Jésus réconforte une prostituée).

Toujours est-il que les autres religions émergentes avaient de la peine à faire face à la montée du christianisme. Quelques schismes plus tard, ces mécréants trouvèrent pourtant la solution à tous leur problèmes. Après plusieurs présentations PowerPoint et quelques brainstormings fumeux, un groupe de travail fut en mesure de définir en détail le concept de guerre de religion.

La guerre de religion se basait sur un paradoxe tout simple: faire la guerre en prônant l’amour. À partir de là, tout était permis aux croisés de toutes les religions, qui guerroyaient sans arrêt pour leur Vérité, leur Dieu, leur Église, ou, pourquoi pas, leur Gâteau Aux Pommes, puisque les linguistes de l’époque s’étaient mis d’accord pour dire que les grandes idées allaient prendre une majuscule.

Je constate que j’ai échoué à parler de la paix dans le monde.

La prochaine fois, je vous parlerai de ma recette de Gâteau Aux Pommes.

Publié dans: on 24 janvier , 2007 at 12:16 Laisser un commentaire
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Éloge du massage capillaire

Chez le coiffeur, j’ai l’impression d’être au musée. Il y a plein de miroirs partout. Du coup, je vois la douzaine de nymphettes sous tous les angles imaginables. Je dis “nymphettes”, parce que le patron de mon salon habituel a un faible pour les playmates aux formes refaites et les bimbos aux courbes parfaites.

Les miroirs, donc, se répondent les uns aux autres en un dédale kaléidoscopique dans lequel je perds volontiers mon regard. Ma coiffeuse attitrée apparaît comme un langoureux Picasso, une peinture cubiste qui m’apparaît éclatée en plusieurs morceaux: ici un oeil, là un sein; là-bas une fesse, et là l’autre sein. Miam. Je rougis.

Rhâaaaa Lovely

Un rendez-vous chez le coiffeur est un moment particulier. Provisoirement installés dans un confortable fauteuil, nous avons l’occasion de nous admirer pendant dix bonnes minutes. Au début, ça peut mettre mal à l’aise. Je n’ai rien contre le fait de m’admirer, mais j’aimerais pouvoir m’admirer dans l’intimité. Et généralement, je remarque (en m’admirant) que d’autres personnes m’admirent m’admirer. Et ça me fait rougir. Et je me vois rougir. Alors je réfléchis au meilleur moyen d’évacuer ma honte, et je me vois réfléchir. Dans un miroir. Un comble.

Mais le meilleur moment reste à venir. Passé les premières minutes d’attente stérile, je peux me diriger vers les baignoires-à-têtes. Je me love avec plaisir dans ces confortables bizarreries sanitaires. Je me laisse mouiller les cheveux. Et je sais que le meilleur moment de ma journée vient de commencer. Mon massage capillaire.

Tout d’abord, je sens ses mains. Je ne vois jamais l’apprentie qui me lave les cheveux. Cela confère à cet épisode un mystère très sensuel: je m’abandonne sous des doigts dont je ne sais pas à quels bras ils sont rattachés. Je me laisse faire. Les doigts délacent les mèches mouillées de mes cheveux. Une voix absente me demande “ça va la température?” en n’espérant même plus une réponse qui ne viendra pas. Je suis parti. Parti dans ces doigts qui cherchent ma nuque, lissant le derrière de mes oreilles, enrobant leur lobe, redescendant sur mes cervicales, ranimant mon front et empaumant ma tête. Je frémis.

Ensuite, rinçage.

Puis crème.

Rhâaa. Crème.

L’odeur (réglisse?) m’envahit les narines, pendant que les doigts font leur deuxième entrée. Ils glissent (re-glissent?) en faisant plusieurs tours sur mes deux hémisphères, pour calmer ma peau, masser mon cuir et nourrir mes cheveux. Les doigts me pénètrent. Bonheur. Je me laisse pénétrer. Les mains me serrent, me forcent, me caressent, me frustrent, me soulèvent, me relâchent et me libèrent tout à la fois. Les doigts me prennent, me frottent, me massent, me font mousser; ils m’émoussent, ils s’imiscent, ils s’amassent autour de moi. Ma tête flotte. Je n’entends plus rien. Je m’abandonne.

Ensuite, rinçage.

Puis re-crème.

Puis rinçage, et la demoiselle me dit de passer à côté pour la coupe. Après, c’est moins amusant. De toute façon, je serai bien incapable de recommencer. Je suis vidé. Rhâaa.

Publié dans: on 12 janvier , 2007 at 1:41 Commentaires (1)
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Délit de belle gueule

À chaque fois, ça me fait le coup. Je suis dans un magasin, je me rends compte que j’ai besoin de rien en particulier, je m’apprête à sortir sans achats… et je me sens tout à coup suspect. Un type qui n’achète rien dans un commerce, c’est suspect. En traversant le portail magnétique de sortie, je m’attends toujours à voir débarquer un agent de sécurité moustachu, en surcharge pondérale sévère, qui me criera “Freeze!” en me tenant en joue au bout de son Magnum calibre 38 au manche transpirant. Ça ne vient jamais, mais je m’y attends toujours.

Tibert, lui aussi, a l’air suspect

Même chose pour la douane. J’ai beau être en règle, n’avoir rien à déclarer, je me sens suspect. Je suis terrorisé à l’idée de me faire contrôler. Je me dis bien que si ces gars-là en viennent à la fouille, ils vont bien me trouver des noises: deux lingots dans les bas-de-caisses, une cartouche de cocaïne compressée dans le pommeau de vitesse, des ossements humains sous les enjoliveurs. Je suis toujours suspect.

Identique avec les flics: si je me fais arrêter pour un contrôle de routine, je ne peux pas m’empêcher de leur dire que “oui, peut-être que mes pneus sont lisses, mais je pensais les changer ce week-end, vous comprenez?”. C’est forcé. Je suis toujours suspect. J’ai la tête du coupable.

Le pire, c’est dans la rue. Je me promène tranquille, flottant entre deux activités au centre-ville, et je me fais accoster. Des humanitaires, des ONG, des sociétés de téléphonie mobile, des démarcheurs aux prétextes débiles, des scouts, des pauvres, des musiciens, des Témoins de Jéovah, des pasteurs,… à quand les imams? Et pour tous, le même refrain hypocrite: “Est-ce que je peux vous parler cinq minutes?”

Alors pour finir, le dernier qui a fait le coup de m’arrêter en pleine rue, je lui ai demandé, “pourquoi moi?”. Il m’a répondu:

“On voit que vous savez pas trop où vous aller. Et puis, vous avez une bonne tête.”

C’est ça, ouais… Une bonne tête.

Publié dans: on 10 janvier , 2007 at 1:05 Laisser un commentaire

Cinq choses que je ne sais pas sur moi

Il y a quelques semaines, c’était la mode de faire une chaîne de blogs qui révélait les “cinq choses que vous, lecteurs, ne savez pas sur moi”.

Rassurez-vous, je ne vais pas tomber dans ce travers impudique. En plus d’être inintéressante, ma liste personnelle aurait louvoyé entre fantasmes débridés et confessions inavouables (dont une qui concerne mon chat, je vous laisse à vos spéculations).

Tibert cherche à fuir (la mort? le bruit? l’ennui?)

Par contre, je cherchais à détourner le principe du tag: j’aurai pu vous dire “cinq choses que je ne sais pas sur vous”, mais la liste aurait à peine tenu dans trois tomes de La Pléiade. Dans un deuxième temps, je pensais vous révéler “cinq choses que je ne sais pas sur la physique moléculaire”, mais, piqué par l’orgueil, je préfère jouer au mec qui fait semblant de savoir. Et puis, j’ai trouvé: je vais vous avouer “cinq choses que JE ne sais pas sur MOI”.

1) je ne sais pas si j’existe
Descartes et son “je pense donc je suis” ne me convainc qu’à moitié: car si je ne pense pas (et ça m’arrive une bonne partie de la journée), alors je n’existe pas non plus. Nul, comme preuve.

2) je ne sais pas quand je vais mourir
La plupart des gens ne savent pas la date de leur mort. C’est bien embêtant pour faire des projets (quand aller au ski? faut-il se marier? quand prendre sa retraite?). En général, plutôt que de se foutre éperduement de la question de “la mort”, nous tenons à nous en épouvanter. C’est plutôt incompatible avec le bonheur.

3) je ne sais pas si je suis bon
J’écris, je compose, j’improvise, j’aime, je caresse, je chante, je joue du cornet à piston, et pourtant: au niveau qualitatif, je ne sais pas ce que je vaux. Les gens me disent si c’est bien ou pas, mais je ne suis pas sûr de vouloir les croire.

4) je ne sais pas si je sais aimer
Ça, c’est vraiment compliqué. C’est très difficile de savoir si l’amour qu’on donne est vraiment désintéressé, complet, cohérent, intègre, divin.

Bon, en même temps, je me donne un maximum, alors ça doit faire l’affaire.

5) je ne sais pas comment finir ce billet

Publié dans: on 7 janvier , 2007 at 1:13 Commentaires (4)
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Cinq minutes de bonheur

J’ai passé le Réveillon avec des amis, une petite fête intime entre quatorze-z-yeux. Notre hôte avait mis une musique de fond pour nous mettre à l’aise. J’étais affalé sur le canapé en écoutant la playlist très hétéroclite qui tapissait la discussion.

À un moment donné, les hauts-parleurs ont diffusé timidement “Wind of Change” des Scorpions, et Marcel Proust s’est imposé à moi: j’étais ramené 10 ans en arrière dans le souvenir de mes premières boums.

Tibert, un exemple de bonheur

J’étais propulsé dans ma chemise-à-carreaux-super-à-la-mode, gominé comme le bras droit de Michael Corleone et sexy comme un bûcheron scandinave. J’étais au milieu de la piste de danse, dans les bras d’une Valentine, d’une Séverine ou d’une Anne-Gilberte. J’étais grisé par les harmonies des Scorpions qui me montaient le long des jambes.

“I follow the Moskva / Down to Gorky Park / Listening to the wind of change”

Je sentais le vent s’engouffrer dans l’espace qui me séparait de ma cavalière du moment. Nous dansions sur du béton brut, dans l’inévitable garage qui accueillait les surprises-parties adolescentes. Le propriétaire du lieu avait sans doute passé l’après-midi à ranger ses outils. On voyait encore quelques traces d’huile sur le sol. On avait maladroitement dissimulé l’armoire métallique avec un drap blanc.

“The world is closing in / Did you ever think / That we could be so close, like brothers”

Trois médiocres haut-parleurs éructaient les mêmes musiques que la semaine d’avant, le même quart d’heure américain, la même demi-heure de slow. On ne savait pas danser autre chose que le slow, alors on ne mettait que ça à entendre. Les couples s’enlaçaient, se délaçaient, se prélassaient, puis finissaient par se lasser. Tania sortait avec Mathieu. Jérôme avait quitté Mélanie. Laure pleurait dans un coin.

Pas grave. La musique continuait de nous faire danser.

“Take me to the magic of the moment / On a glory night / Where the children of tomorrow dream away / in the wind of change”

L’avantage de “Wind of Change”, c’était que ce genre de morceau vous donnait l’occasion d’avoir d’ambitieux projets. Les Scorpions en avaient pour cinq bonnes minutes à égréner leur langoureuse mélodie, ce qui vous offrait l’opportunité de nouer avec votre partenaire une relation aux proportions démesurées: à l’âge où les couples qui duraient plus d’un week-end étaient considérées comme des vieux ringards, cinq bonnes minutes équivalaient à une demande en mariage.

J’attendais invariablement cette chanson pour inviter la plus belle fille de la soirée. Déjà doté d’une précieuse oreille musicale, j’étais le premier à repérer les accords magiques, ce qui me procurait une longueur d’avances sur mes concurrents pour aller solliciter la chère élue. Je savourais son “oui, volontiers”, et je l’entraînais sur la piste de danse avec le sourire de celui qui sait qu’il a gagné cinq minutes de bonheur assuré.

La symphonie commençait. Les premiers accords “softs” nous glissaient dans une délicieuse intimité. Je plongeais mes yeux dans ses yeux, je pressais mon corps contre son corps. Après le premier refrain, je sentais généralement poindre cette embarrassante tension qui vous oblige à respecter une pudique distance au niveau de la ceinture. Je craignais qu’elle ne perçoive mon émotion. Je priais pour qu’elle attibue la déformation de mon pantalon à une contrainte extérieure (clé, lipsick, ouvre-boîte). Je contenais violemment mon émoi.

“Take me to the magic of the moment / On a glory night / Where the children of tomorrow share their dreams / With you and me”

Cinq minutes de bonheur contenu.

Publié dans: on 2 janvier , 2007 at 8:11 Laisser un commentaire