Improvisation et créativité

Deux secondes de plus

Je reviens d’un stage de deux jours à Paris, avec Ira Seidenstein.
Très enrichissant. Un système extrêmement riche, proposé par un enseignant formidablement généreux, avec une didactique exceptionnellement bien conçue.

Dans une improvisation, il m’interrompt:

"À un moment donné, tu as levé le poing, en menaçant ton partenaire. Puis tu as regardé ailleurs, pendant une seconde, cherchant autre chose à faire. Non! Ton poing exprimait déjà suffisamment! Tu dois le maintenir pendant 2 secondes de plus, pour que ça devienne complètement convaincant. Si tu lèves ton poing, crois-y! Vends-le nous!
Si tous les improvisateurs s’accrochaient 2 secondes de plus à leurs idées, ils seraient bien meilleurs!

Vous n’avez pas besoin de chercher des idées, de faire quelque chose. Placez votre attention dans votre corps: il vous donne déjà une intention, et si vous y êtes attentifs, vous serez en totale adéquation physique, en totale expression d’une idée. Evitez l’ambiguïté! Evitez de chercher ailleurs! Tenez 2 secondes de plus!"

Une grande leçon.

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Ressources francophones d’impro (digest)

Pour répondre à mon pote Olivier, voilà une liste fortement subjective et sélective de ressources francophones en matière d’improvisation, aujourd’hui, fin juin 2014:

Blogs

Le blog de Ian Parizot, critique, engagé et régulièrement alimenté. Très "johnstonien" et polémique, donc forcément enrichissant.
Le blog de Christophe Tournier, abondamment documenté et très ouvert sur les disciplines complémentaires (littérature, musique, danse, théâtre).
Le Caucus, blog collaboratif autour de l’impro (auquel j’ai participé), en dormance depuis bientôt 2 ans; mais les articles étaient de qualité.
Le blog d’Impro-Bretagne, très régulier dans sa parution, centré sur le match et le travail des catégories.
Le blog de la Compagnie du Cri du Chameau, peu actif, mais de qualité, et puis c’est des potes.
Le blog d’Ouardanne Jeannot, avec des articles très intéressants sur le travail de la relation avec le partenaire.
Improphylactique, un blog très centré sur la narratologie et dramaturgie improvisée.

Livres

Le Manuel d’improvisation théâtrale de Christophe Tournier, et le deuxième volume sous forme de recueil d’exercices. Un bon portail pour découvrir l’impro et une méthode complète.

Impro: improvisation & théâtre de Keith Johnstone, la bible immanquable.

Le Joli Petit Manuel d’improvisation théâtrale de Jill Bernard, qu’on peut commander chez moi.

Impro, de Gravel & Lavergne, l’ouvrage fondateur du Match d’impro.

Sites

Je suis peu fan des sites d’exercices, parce qu’on risque de jouer un peu à l’apprenti-sorcier, si on ne comprend pas vraiment le but et la stratégie didactique de l’exercice. En même temps, ça peut alimenter la réflexion:

Le site Dramaction, qui propose un catalogue d’exercices de théâtre et d’impro. Ressources abondantes, mais site pas très ergonomique.

Un wiki d’exercices d’improvisation, pas encore très alimenté, mais le concept est prometteur.

Le blog Showhat, qui est davantage un recueil d’exercices, régulièrement alimenté.

 

Si vous êtes rédacteur francophone d’un contenu qui n’a pas été listé ci-dessus, vous pouvez vous fâcher dans les commentaires.

 

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Expertise décrite

Mardi matin, j’étais expert pour des examens oraux au collège de Z***.

Un peu la rigolade quand même: un examen "théâtre" où il s’agit de "mettre du ton" sur une phrase donnée, une présentation en anglais semi-préparée, ce genre d’exercice de style discutable. Et puis un examen d’allemand (j’avais avertis le collège que je parlais l’allemand comme une chèvre portugaise) où je peine à distinguer le bachotage ânonné de l’improvisation hasardeuse.

Bref.

J’épingle surtout deux candidats pour les T-shirts qui arborent les visuels suivants:

saggy-boobs-cartoon-1 problem-solved-tshirt

 

J’explique aux candidats que dans le contexte d’un examen oral, là où l’attitude et la présentation importent plus que tout ailleurs, il est indécent de porter ce genre de T-shirts. Je leur explique que je ne suis ni un académicien prude, ni un féministe implacable, mais que ces deux visuels envoient des signaux très négatifs pour quelqu’un qui devrait se faire une idée rapidement.

Ils répondent:

"Ah."

Alors bien sûr, je peux paraître vieux jeu, rétrograde, sans humour, mais permettez que je m’outre. Parce qu’en amont, ces deux messieurs ont donc passé trois filtres sans qu’on les remette en question:

Les parents n’ont rien dit.

Les autres profs n’ont rien dit.

Les autres élèves ne leur ont rien dit.

Ça veut sans doute dire que ce genre d’élèves qu’on n’a pas remis en place, va tendre à saboter ses premiers entretiens d’embauches, sans savoir comment, sans savoir pourquoi. Je ne dis pas qu’il faille débarquer en costume trois-pièces avec un sourire de confirmant endimanché. Mais le premier enseignement qu’on devrait enfiler à coup de pioche dans le cerveau de ces élèves, c’est de leur expliquer à quel point leur attitude est fondamentale dans l’évaluation que la société fera à leur sujet.

Bande de machistes, va!

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Écriture, Improvisation et créativité

Épais silence

"Il comprend que cette impatience de parler est en même temps un implacable désintérêt à écouter."

La Lenteur, Milan Kundera

Norman fait des vidéos, Cyprien aussi, le Palmashow s’entoure de bons amis et nous fait bien marrer.
Des capsules de cinq minutes, guère plus, un montage hyperactif de surdoué du FinalCut; des plans de 4 secondes, des répliques cinglantes, on incruste les répliques en surtitre pour accentuer le propos. C’est punchy, ça plaît aux jeunes, goûte, c’est de la bonne. Leurs cerveaux en prennent plein les synapses, sursaturés d’informations; on aligne joke sur joke, c’est à la quantité que ça se joue, madame. Au royaume de la vanne, les puncheurs sont rois.

Le problème, c’est que ces vidéos deviennent la référence dominante pour les jeunes improvisateurs, et que les codes de ce genre d’humour sont radicalement anti-théâtraux.

Le public prend le train en marche, bien sûr, demande de l’impro "rapide", des gags, des blagues, on est venus pour rigoler, oublier nos vies désespérantes. On ne vient pas pour écouter les états d’âme d’un prince Danois, ou attendre un Godot qui ne viendra pas. Nous voulons du pain et des jeux, hic et nunc. J’ai payé quinze balles ma place au premier rang, j’ai bien envie de donner une suggestion pourrie,  vous voir la traiter avec incompétence mais drôlerie. Donnez-moi mon fix d’humour rapide, je suis accro à la vitesse, mais si vous m’ennuyez, je vais décrocher à vitesse grand V.

Paradoxe.

Le spectateur vient aussi au théâtre pour construire du sens. Et il faut donc lui laisser un peu de place (l’éternel Espace vide…). Cette réplique sotto voce, ce mime approximatif… c’est du bonheur pour l’interprétation, pour la projection mentale du public. Ça le fait travailler, il est venu participer. Prenez le temps de l’ennuyer, que diable! Il va s’intéresser d’autant plus à la scène, s’il n’est pas certain de la comprendre dans ses moindres détails. Il va s’avancer sur son siège, décoller le dos du dossier, entr’ouvrir la bouche pour écouter avec toutes ses cavités le jeu du comédien.

L’attention devient intense, le silence l’épaissit. Et dans cet état de tension dramatique, tout est possible (et là, une blague réussie enflamme réellement le public: WHooOOSH!).

Il faut, par toutes petites touches, confronter le spectateur à son vide intérieur, pour le faire un tant soit peu avancer dans son existence. C’est pour ça qu’il est venu au théâtre: pour mettre sa solitude en commun, et voir que ses inquiétudes de quinquagénaire frustré sont aussi celles de ses semblables.

J’en vois qui s’inquiètent: attention, hein, je ne suis pas du tout en train de faire l’apologie d’une impro chiante, pas drôle, ennuyeuse. Bien au contraire. Pour moi, l’impro théâtrale doit être vivante, comique et enthousiasmante. Mais elle l’est parfois au prix

de

nombreux

 

silences.

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Zero inbox

Une fois par jour, ma boîte de réception des mails est vide.

Quand je constate, outré, qu’un pote a 3’356 courriels dans sa boîte de réception, je lui explique ma stratégie de gestion des courriels.

D’abord les gens se moquent. Ensuite, ils me demandent plus de détails. Ma boîte est vide une fois par jour, depuis que j’ai vu la conférence de Randy Pausch sur le Time Management (en 2009, je pense). Des habitudes subséquentes m’ont été enseigné dans le cours de Tiago Forte sur le site Skillshare.

www.metmuseum.org

Les habitudes que j’ai prises:

1) Si je regarde ma boîte de réception (sur mon ordinateur), je les "gère" et je ne fais que ça.

2) "Gérer" un mail, c’est décider de le supprimer (ou de l’archiver, puisqu’avec Gmail, j’ai droit à 15 Go d’espace de stockage), de le classer (dans un dossier, en guise de référence, pour le retrouver plus facilement), de le transformer en tâche (j’utilise Todoist, qui a un plug-in qu’on peut ajouter sur la boîte Gmail pour faire ça en un clic).

Hier, j’ai reçu 15 courriels:
– six étaient des notifications de sites (Amazon, Tumblr,…) qui m’intéressent de temps en temps; je les parcours en diagonale, et en 2 minutes, ils sont archivés;
– six autres étaient des accusés de réception ou des réponses à des mails, qui ne nécessitaient pas de réponses; en 30 secondes, ils étaient archivés;
– 2 autres ont été transformés en tâche ("répondre à X")
– enfin, un dernier mail me mettait en copie, sans que ce soit pertinent.

3) Pour arriver à si peu de mail pourri, je me désinscris régulièrement des newsletters indésirables (celles où j’ai oublié de décocher la fameuse case), je crée des filtres pour centraliser les mails de pubs, et surtout, je m’en remets au fabuleux filtre anti-spam de Gmail. Vraiment.
Ça m’a pris du temps une fois, mais j’en gagne pour toujours.

4) Même remarque pour les rituels: j’ai une liste de chose que je fais chaque jour (ça me prend 15 minutes: nettoyer mon desktop, vider ma boîte courriel, agender mes tâches, synchroniser mon smartphone). J’ai une autre liste que je fais une fois par semaine (vérifier mes factures, ranger mon porte-monnaie et transférer mes photos) et une troisième que je fais une fois par mois (ré-évaluer mes priorités).

5) Si une tâche nécessite moins de 2 minutes, il faut la faire tout de suite (sans l’agender, la définir: on perdrait plus de temps qu’autre chose).

6) Quand je lis mes courriels sur mon smartphone, j’archive les rares messages indésirables ou les accusés de lecture; et je sais que j’écrirai des réponses au courrier restant quand je serai devant mon ordinateur de bureau.

Bénéfices: 

A) Une fois par jour, ma boîte de réception est vide. Ce qui veut dire que personne n’attend sur moi pour une réponse urgente. J’ai l’âme légère. Je dors mieux.

B) Je n’ai pas peur "d’oublier" des choses, parce que je prends chaque jour un moment pour réfléchir aux choses que j’aurai, éventuellement, par hasard, oubliées.
Oui, bien sûr, j’oublie des choses. Mais c’est rare, et je les inscris immédiatement comme choses à faire.

C) Je ne perds pas de vue les objectifs (personnels, professionnels, artistiques) que je me suis fixé, parce que je libère du temps pour les faire, et je sais que chaque tâche que je remplis s’inscrit dans un objectif de vie.

Mais tu n’as pas peur de "mécaniser" ta vie et de la structurer de manière obsessionnelle?

Une fois que les habitudes sont prises, cela fait partie du quotidien, et on peut bien sûr les assouplir. À long terme, ce sont des pratiques "zen", bien loin de comportements obsessifs. 

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Lettre de candidature

Je dépouille de plus en plus de dossiers et candidatures, dans le cadre des mes activités artistiques (pour des stages, des festivals), et je constate que certains vivent encore au pays des Bisounours.

Petite mise au point, donc.

  • En .pdf, s’il vous plaît.

Je suis surpris à quel point certains candidats peuvent faire de la résistance au standard d’échange de fichiers. J’ai droit à du .doc, du .docx (celui que je déteste le plus) et même du .ppsx (oui, certains croient judicieux d’envoyer une présentation powerpoint TRÈS MAL faite). Vous n’êtes pas en train de démontrer une quelconque originalité en envoyant autre chose que du .pdf. Vous êtes juste en train de montrer que vous êtes une brêle en matière de partage de fichiers.

Primo, en envoyant du .docx, je risque de ne pas avoir la même mise en page que vous; deuzio, je vais voir toutes vos fautes d’orthographe encore plus facilement; terzio, je peux parfois même voir à quel point vous êtes un boulet au niveau de la mise en page (aaaah, les tabulations réalisées avec la barre d’espace) (si, si, même en 2014!).

  • Evitez les fautes d’orthographe

Bien sûr, tout le monde en fait; mais quand c’est 4 par lignes, j’ai les yeux qui saignent. Je sais que je ne juge pas votre orthographe, mais ça décrédibilise complètement votre propos. (et votre dossier) (et votre spectacle) (et peut-être même votre pays)

  • Soignez le mail d’accompagnement

Parce que trois phrases mal alignées, avec du texte abrégé, et avec une signature "envoyé de mon HTC Sony Xperia", eh bien NON, ça ne laisse PAS une très bonne impression.

  • Si vous voulez être original, faites-le avec soin

Je reviens sur ce CV que j’ai reçu sous la forme d’une présentation PowerPoint. C’est une très bonne idée à la base, ça vous démarque; mais si les photos sont de mauvaise résolution, qu’il y a trop d’infos par slide, que la mise en forme est bâclée, et que je dois l’imprimer pour en discuter avec des collaborateurs, votre stratégie de je-vais-les-surprendre-en-innovant-dans-la-forme risque de tomber complètement à plat.

  • Partez du principe que vous êtes une(e) inconnu(e)

Peut-être que je vous connais et que vous pensez avoir le droit d’être familier dans votre mail de motivation (et votre dossier). Peut-être que ça ne va pas me gêner. Mais mes collaborateurs (ne soyez pas naïfs, plusieurs personnes vont lire votre dossier) vont peut-être mal interpréter l’usage de surnoms ridicules, de gags internes, de smileys scatologiques ou de formules de salutations absconses.

  • Soyez bref

Ça, c’est très souvent vrai.

 

 

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Improvisation et créativité

Hamlet ne lit pas d’ouvrages de développement personnel

Devenir un meilleur improvisateur, c’est devenir un peu schizophrène. Il vous faudra prendre les règles de sagesse les unes après les autres et les retourner comme des vieilles chaussettes pour les enfiler sur vos personnages. En devenant un anti-philosophe, vous deviendrez un véritable dramaturge.

Je dis souvent à mes élèves: "Faites en sorte que votre personnage ne se comprenne pas lui-même. Si Hamlet avait lu des bouquins de développement personnel, Shakespeare n’aurait pas eu de tragédie à écrire!". Il faut que le prince du Danemark soit un tantinet déraisonné pour que Polonius se retrouve avec une rapière dans le nombril, qu’Ophélia boive la tasse et que Claudius s’étrangle sur du jus de vipère.Hamlet-Courtyard-788.jpg

En fait, c’est en inversant ce qui vous rend meilleur dans la vie que vous deviendrez plus intéressant sur scène. Je fonde ma démonstration sur les quatre accords toltèques, décrits dans le best-seller New Age de Don Miguel Ruiz. Vous n’êtes peut-être pas tous des fanatiques de sagesse chamane, vous trouvez sans doute qu’il s’agit là d’un énième bla-bla sirupeux pour assoupir les ménagères de 40 ans, mais force est de constater qu’il s’agit de conseils d’une grande sagesse, qui font écho à d’autres philosophies millénaires (stoïcisme, platonisme, pour ce que j’en sais).

1. Que votre parole soit impeccable. 

Dans la vie de tous les jours, il s’agirait donc de parler avec intégrité, de s’abstenir de tout mensonge, de ne pas médire.

En improvisation, ce sont les maléfices de vos paroles qui engendreront le conflit essentiel à toute oeuvre dramatique; sans la langue fourbe de Iago, point d’Othello. Sans les manipulations hypocrites de Frank Underwood (House of Cards), pas d’intrigue. Plus votre personnage parle de manière double, plus vous proposerez de pistes de développement. Attention: je parle bien de votre personnage. Vous, en tant qu’improvisateur, vous devrez bien sûr continuer à être spécifique, précis et détaillé.

2. N’en faites pas une affaire personnelle.

Au quotidien, il faudrait chercher le détachement de ses émotions; ne pas tout ramener à soi.

En improvisation théâtrale, c’est vital pour votre personnage: le tilt émotionnel, c’est "tout prendre personnellement", c’est tout rendre important. C’est un ressort comique: une grande réaction sorti d’une cause négligeable. Le maître d’hôtel qui s’auto-flagelle pour une fourchette un peu sale (les Monty Pythons), le nouveau cancéreux qui décide de s’en sortir par tous les moyens, en sacrifiant sa morale au passage (Breaking Bad).

3. Ne faites pas de suppositions.

Dans la vie, tenez-vous en aux faits. Evitez de spéculer.

En impro, le conseil s’applique plus à l’improvisateur qu’à son personnage: en tant que comédien de l’imprévu, vous devez faire des spéculations tout le temps, et les rendre explicites le plus souvent possible, pour garder la "connexion" avec votre partenaire. Ce mime approximatif, est-ce une ménagère qui étend son linge ou un photographe qui développe des tirages?

4.  Faites toujours de votre mieux.

Ok, ça paraît clair, et c’est valable aussi pour le côté "improvisateur": sans vous mettre une pression incroyable, jouez au top de votre intelligence.

En revanche, pour votre personnage, c’est l’inverse: vous voulez le faire tellement bien échouer qu’il doit buter encore et encore contre ses obstacles intérieurs. C’est la dynamique du clown, aux prises avec son environnement pour faire une action pourtant simple.

Je pourrais me plonger dans d’autres ouvrages connus; il y aurait bien d’autres règles de sagesses à transgresser: les stratégies de planification vs. le saut vers l’inconnu, le dialogue intérieur vs. l’incapacité à se comprendre soi-même, etc… L’idée globale, c’est d’accepter que les comportements malsains ou destructeurs de la vie seront ceux qui rendront vos personnages les plus attachants.

Hey! De quoi prendre un sacré recul par rapport à vous-même, aussi.

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