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Nétiquette 2.0

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MAIL: pertinent pour donner de l’information concrète, ou adresser des questions directes.

SMS: pertinent pour les mêmes contenus qu’un mail, mais en plus court. 


 

Pour lancer un débat, un échange d’idées ou de points de vue, adresser des critiques, donner des informations complexes et/ou litigieuses préférer: 

LA RENCONTRE (à 2): on peut tout se dire, n’est-ce pas? On peut parler avec les mains, lire le paraverbal de l’autre, passer l’émotion; vous verrez, c’est génial. 

L’ECHANGE TÉLÉPHONIQUE: c’est la RENCONTRE, en moins bien (peu de paraverbal, mais ça dépanne).

LA VISIOCONFÉRENCE: c’est l’ÉCHANGE TÉLÉPHONIQUE en plus hipster. 

LA SÉANCE DE GROUPE (3+): si c’est important que tout le monde échange sur le sujet dans un temps donné. 
(oh, à propos de séance, lisez d’abord ça avant de la convoquer)

 

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Anti-mythes sur les associations

Dès que tu veux ouvrir un compte postal, faire une demande de fonds, ou tout simplement structurer légalement le projet artistique pour lequel tu t’engages, tu fondes une association. En Suisse, c’est extrêmement simple. Pendant le moment qu’il vous faudra pour lire cet article, plus d’une dizaine d’associations se seront constituées, par le biais d’une assemblée constitutive (de minimum deux membres!) conduisant à l’adoption de statuts. En fait, si vous lisez ce billet, vous faites probablement déjà partie de 2 ou 3 associations. (peut-être sans le savoir) (je plaisante)moules

Au cours des échanges entre associations culturelles, principalement autour des relations avec les organismes de subventions, je me suis rendu compte que plusieurs mythes circulaient; pour certaines questions, j’ai tout entendu (tout, et son contraire aussi). J’ai pris contact avec le Centre de compétences pour la vie associative, à Lausanne, et j’ai eu un échange passionnant et fructueux avec une collaboratrice qui a éclairé ma lanterne sur plusieurs points: 

Est-ce que l’association doit déclarer ses salaires et payer des cotisations sociales?

Pas en dessous de 2’300.-. Au-delà, les salaires sont soumis aux cotisations sociales (AVS/AI/APG/AC). "Mais si c’est des défraiements?" Effectivement, les défraiements ne sont pas soumises aux cotisations, mais je me réjouis de vous voir prouver que vous cumulez pour plus de 2’300.- de tickets de parking et billets de train. 

Les membres du comité peuvent-ils se salarier?

C’est fondamentalement contraire à l’esprit associatif, qui se base sur une volonté bénévole. Et c’est aussi illégal: au sein d’une association, je ne peux pas être mon propre employeur.
Par contre, le comité peut désigner un membre du comité pour un job salarié, limité dans le temps. Ce mandat force le membre du comité à perdre sa voix décisionnelle, pour la durée du mandat.

Puis-je créer une association avec ma famille au comité, qui me salarie (alors que je reste simple membre)?

Oui, bien sûr. Légalement, c’est permis. Mais c’est fondamentalement contraire à l’esprit associatif: et puis, vous voulez VRAIMENT que votre père vous signe votre fiche de salaire?

Donc je pourrais faire une association-fantôme avec mes parents au comité; mais ce qui me gêne un peu, c’est que les organismes de demande de fonds vont un peu tiquer, non?

Pas le moins du monde. "Les organismes de subvention se foutent royalement de comment vous gérez votre association. Ils veulent juste des jolis statuts bien propre en ordre" (c’est la réponse textuelle de la collaboratrice du bureau de Bénévolat-Vaud). Apparemment, donc, il faut bien faire la différence entre les deux niveaux: le niveau légal, auquel on ne doit pas déroger pour les demandes de subvention; et l’autre niveau "éthique", qu’il faut respecter dans l’esprit d’une vie associative riche, où les bénévoles s’entraident en apportant des boîtes de biscuits aux assemblées générales.
En fait, certaines associations culturelles surfent sur cette ambiguïté en adoptant la forme associative, mais en nommant un "comité de paille", peu impliqué dans les prises de décision et le travail administratif, mais à qui on demande juste de signer les papiers aux assemblées. Beaucoup d’acteurs du monde culturel m’ont dit: "C’est débile, on sait que c’est débile, mais on le fait quand même, parce qu’il faut faire comme ça."

Le truc, c’est que si je nomme un comité de bénévoles vraiment débrouillards et engagés pour mon projet artistique, ils vont venir mettre le nez dans mes affaires et avoir des exigences, hein?

Le comité peut en effet agir comme un garde-fou (dans le cas d’un dépassement de budget, par exemple). Artistiquement parlant, par contre, vos statuts peuvent garantir une indépendance totale du directeur artistique.

Donc au final, ça devient compliqué votre histoire: il faut un comité bénévole qui s’engage quand même à fond pour des demandes de subventions, mais qui n’aura peut-être rien à dire au niveau artistique?

Oui, c’est compliqué, mais c’est aussi un défi à relever: constituer une association culturelle autour de personnes que vous pouvez motiver et impliquer dans un véritable projet. Si vous arrivez à le leur vendre, alors le reste (public, subventions) va suivre.
Alors au boulot, bande de moules.

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Improvisation et créativité

L’indice C.F.I. en improvisation (Comment Font-Ils?)

L’indice C.F.I. se définit comme le "degré d’époustoufle multiplié par la difficulté du défi théâtral lancé", tel que formulé par Hans-Georg Schumpeter (1986):

Qualité théâtrale × Difficulté technique

Exemple A: une belle improvisation libre
Exemple B: une belle improvisation en catégorie Shakespeare rimée
Exemple C: un ratage monumental en catégorie Shakespeare rimée

Dans l’exemple A, une improvisation d’une haute qualité théâtrale (notée 10) dans un format ou exercice facile (noté 1) obtiendra un indice CFI de 10. Alternativement (exemple B), une excellente impro (notée 10) dans un format difficile (noté 10) obtiendra un indice CFI de 100.

Pour plusieurs auteurs (Rickfeld, Groodt & Feldman), l’indice CFI est problématique: dans l’exemple C d’une mauvaise impro (notée 1) dans un format très difficile (noté 10), parce que le score obtenu est identique que dans le cas A, alors que l’improvisation peut être de très mauvaise facture et ne pas créer de niveau d’époustoufle pour un public d’initiés.

Schumpeter s’est défendu longuement (1988, 1991) pour expliquer que l’indice CFI n’avait que peu à voir avec la qualité réelle de l’improvisation: "Une bande de voyous peuvent tout à fait rater une improvisation dans un format trop difficile pour eux, techniquement; si le résultat est lamentable, l’indice CFI n’en est pas moins élevé, parce qu’un public bienveillant va saluer leur bravoure." (notre traduction)

Rickfeld n’est pas de cet avis, lui qui explique que "les spectateurs ne sont pas dupes: au bout d’un certain temps, ils feront la différence entre le vrai théâtre et l’espèce d’amas de scènes, jouées en boucle par des imposteurs qui se lancent des défis tous plus ridicules les uns que les autres" (c’est lui qui souligne). Schumpeter s’est à nouveau défendu, en arguant que "ce ne sont pas les quelques aficionados (despicable improv geeks) qui font les réputations et le succès des comédiens d’impro, mais bien les grandes masses impressionnables" (notre traduction).

Précisons que ces points de vue sont extrêmes, et reflètent une volonté de décider ce qui est de la bonne impro de celle qui n’en n’est pas. En vérité, il faut se garder d’attacher trop d’importance à cet indice, et le ramener à ce qu’il est littéralement: un indice, c’est à dire un moyen de se renseigner sur le danger potentiel (mais aussi sa plus-value) à relever un défi théâtral.

Ellis (1995) a dressé une liste des catégories "à haut rendement CFI": des contraintes de jeu difficiles techniquement uniquement en apparence (donc avec des notes élevées), mais relativement faciles à faire fonctionner: les improvisations alphabétiques, les improvisations avec accents, les improvisations avec des blagues sur l’actualité. Il décrit des techniques (cheap tricks) que certains comédiens utilisent pour produire du théâtre de mauvaise qualité (filthy scam, low shit).

Bien sûr, l’indice défini par Schumpeter parvient au moins à susciter un débat fécond au sein des praticiens: plusieurs troupes s’inscrivent dans une tentative de réaliser concrètement du beau théâtre (awesome stuff, dude) dans des formats requérant une maîtrise technique absolue (fucking difficult).

BIBLIOGRAPHIE:

Ellis Yohann, High-reliability improv, Improv Journal, Chicago, 1995.
Feldman Marcus, Schumpeter, une belle arnaque, l’ImproViste, Genève, 1990.
Groodt Bernard, Schumpeter, you scumbag, Le Monde de l’impro, Bruxelles, 1990.
Rickfeld Herman, La bonne impro, Editions théâtrales, Paris, 1989.
Schumpeter Hans-Georg, L’indice CFI, Editions Improvisées, Paris, 1986.
Schumpeter Hans-Georg, My defence, Illinois University Press, Illinois, 1988.
Schumpeter Hans-Georg, You won’t get me alive; you’ll have to go and get me, and I’m armed, you bastard, à compte d’auteur, 1991.

 

 

 

 

 

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Écriture

René Richardet (1)

"Je peux baisser la télé?"

"Tu peux l’éteindre, ouais. De toute façon, ils sont tous à se taper dessus, ces temps. Tout le monde se tape dessus."

"Oui, c’est pas joli-joli, je sais. J’évite de regarder les informations, tu sais; ça apporte rien de bien, je pense."

Il perd de nouveau son regard dans le vague. Il pivote sur sa chaise roulante. Regarde par la fenêtre. Il fait beau, aujourd’hui. Un ilôt d’éclaircies au milieu d’un été pourri. Des rideaux tout fins qui floutent une vue un peu pauvre de l’avenue Haldimand. Au moins, il y a un peu de passage.
Pivotant de nouveau, je me rends compte à quel point il est encore imposant. Encore en surpoids, mais amaigri depuis son entrée en maison de retraite. Mon grand-père est né en 1926. C’est la première fois que je vais le voir à sa nouvelle adresse.

"Tiens, grand-papa, je t’ai amené quelque chose. Il paraît que tu aimes bien les tickets à gratter, et que ceux-ci sont tes préférés."

Je lui tends le truc.

"Ah, c’est gentil. Oui, j’aime bien. Des fois je gagne, des fois je gagne pas. Tiens, attends, j’en ai un de gagnant, là. Tu pourras aller l’échanger, comme ça tu m’en rapporte un nouveau la prochaine fois."

Il me demande des nouvelles de moi, mais m’interrompt après ma première phrase; mes cousins m’avaient prévenu: il a une empathie toute limitée.
Mais aujourd’hui, il parle avec à-propos. Il est souvent vague, je dois lui demander de préciser les choses. Au bout du compte, je le lance sur son sujet préféré: la fanfare.

En 1947, à 21 ans, mon grand-père a été co-fondateur de la fanfare de Pomy, dans laquelle il a joué pendant plus de soixante ans. Avec une poignée d’amis du même âge, encouragés par un musicien aguerri, ils avaient commencé à répéter des marches et des polkas. Tout d’abord, aucune notion de la musique. Pas de local fixe. Pas de fonds de base. Deux mois après la première répétition, ils donnaient un premier concert en plein air autour de la poste du village. Une année après, c’était la première soirée.

"Ma mère a eu honte, le lendemain. Elle n’en revenait pas que son fils puisse organiser un bal dansant!"

"Pourquoi elle avait honte?"

"Ils étaient très… comme ça."

Il joint les mains en prière.

La famille Richardet a toujours eu une réputation de "mômiers", de grenouilles de bénitiers, de fervents protestants. Alors le petit jeune qui organisait des bals de village, ça le faisait moyen.

"Mais pourquoi tu as fondé une fanfare? Pourquoi pas rejoindre le choeur d’hommes, par exemple?"

"Ha! Au choeur d’hommes, ça se faisait pas… Il y avait déjà d’autres familles. Tu sais, les six familles originaires, qu’on voit sur l’écusson de la commune; eh ben, il n’y avait pratiquement qu’eux."

Une autre époque.

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Improvisation et créativité

Deux secondes de plus

Je reviens d’un stage de deux jours à Paris, avec Ira Seidenstein.
Très enrichissant. Un système extrêmement riche, proposé par un enseignant formidablement généreux, avec une didactique exceptionnellement bien conçue.

Dans une improvisation, il m’interrompt:

"À un moment donné, tu as levé le poing, en menaçant ton partenaire. Puis tu as regardé ailleurs, pendant une seconde, cherchant autre chose à faire. Non! Ton poing exprimait déjà suffisamment! Tu dois le maintenir pendant 2 secondes de plus, pour que ça devienne complètement convaincant. Si tu lèves ton poing, crois-y! Vends-le nous!
Si tous les improvisateurs s’accrochaient 2 secondes de plus à leurs idées, ils seraient bien meilleurs!

Vous n’avez pas besoin de chercher des idées, de faire quelque chose. Placez votre attention dans votre corps: il vous donne déjà une intention, et si vous y êtes attentifs, vous serez en totale adéquation physique, en totale expression d’une idée. Evitez l’ambiguïté! Evitez de chercher ailleurs! Tenez 2 secondes de plus!"

Une grande leçon.

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Ressources francophones d’impro (digest)

Pour répondre à mon pote Olivier, voilà une liste fortement subjective et sélective de ressources francophones en matière d’improvisation, aujourd’hui, fin juin 2014:

Blogs

Le blog de Ian Parizot, critique, engagé et régulièrement alimenté. Très "johnstonien" et polémique, donc forcément enrichissant.
Le blog de Christophe Tournier, abondamment documenté et très ouvert sur les disciplines complémentaires (littérature, musique, danse, théâtre).
Le Caucus, blog collaboratif autour de l’impro (auquel j’ai participé), en dormance depuis bientôt 2 ans; mais les articles étaient de qualité.
Le blog d’Impro-Bretagne, très régulier dans sa parution, centré sur le match et le travail des catégories.
Le blog de la Compagnie du Cri du Chameau, peu actif, mais de qualité, et puis c’est des potes.
Le blog d’Ouardanne Jeannot, avec des articles très intéressants sur le travail de la relation avec le partenaire.
Improphylactique, un blog très centré sur la narratologie et dramaturgie improvisée.

Livres

Le Manuel d’improvisation théâtrale de Christophe Tournier, et le deuxième volume sous forme de recueil d’exercices. Un bon portail pour découvrir l’impro et une méthode complète.

Impro: improvisation & théâtre de Keith Johnstone, la bible immanquable.

Le Joli Petit Manuel d’improvisation théâtrale de Jill Bernard, qu’on peut commander chez moi.

Impro, de Gravel & Lavergne, l’ouvrage fondateur du Match d’impro.

Sites

Je suis peu fan des sites d’exercices, parce qu’on risque de jouer un peu à l’apprenti-sorcier, si on ne comprend pas vraiment le but et la stratégie didactique de l’exercice. En même temps, ça peut alimenter la réflexion:

Le site Dramaction, qui propose un catalogue d’exercices de théâtre et d’impro. Ressources abondantes, mais site pas très ergonomique.

Un wiki d’exercices d’improvisation, pas encore très alimenté, mais le concept est prometteur.

Le blog Showhat, qui est davantage un recueil d’exercices, régulièrement alimenté.

 

Si vous êtes rédacteur francophone d’un contenu qui n’a pas été listé ci-dessus, vous pouvez vous fâcher dans les commentaires.

 

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Expertise décrite

Mardi matin, j’étais expert pour des examens oraux au collège de Z***.

Un peu la rigolade quand même: un examen "théâtre" où il s’agit de "mettre du ton" sur une phrase donnée, une présentation en anglais semi-préparée, ce genre d’exercice de style discutable. Et puis un examen d’allemand (j’avais avertis le collège que je parlais l’allemand comme une chèvre portugaise) où je peine à distinguer le bachotage ânonné de l’improvisation hasardeuse.

Bref.

J’épingle surtout deux candidats pour les T-shirts qui arborent les visuels suivants:

saggy-boobs-cartoon-1 problem-solved-tshirt

 

J’explique aux candidats que dans le contexte d’un examen oral, là où l’attitude et la présentation importent plus que tout ailleurs, il est indécent de porter ce genre de T-shirts. Je leur explique que je ne suis ni un académicien prude, ni un féministe implacable, mais que ces deux visuels envoient des signaux très négatifs pour quelqu’un qui devrait se faire une idée rapidement.

Ils répondent:

"Ah."

Alors bien sûr, je peux paraître vieux jeu, rétrograde, sans humour, mais permettez que je m’outre. Parce qu’en amont, ces deux messieurs ont donc passé trois filtres sans qu’on les remette en question:

Les parents n’ont rien dit.

Les autres profs n’ont rien dit.

Les autres élèves ne leur ont rien dit.

Ça veut sans doute dire que ce genre d’élèves qu’on n’a pas remis en place, va tendre à saboter ses premiers entretiens d’embauches, sans savoir comment, sans savoir pourquoi. Je ne dis pas qu’il faille débarquer en costume trois-pièces avec un sourire de confirmant endimanché. Mais le premier enseignement qu’on devrait enfiler à coup de pioche dans le cerveau de ces élèves, c’est de leur expliquer à quel point leur attitude est fondamentale dans l’évaluation que la société fera à leur sujet.

Bande de machistes, va!

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